Interview de Steve GiILLIGAN

(Nous vivons dans un monde social différent maintenant) …. j’ai développé ce que j’appelle l’approche Relations au Soi. Elle est décrite dans mon livre, « Le courage d’aimer, principes et pratiques de la psychothérapie Relations au Soi » (édition SATAS)

Le travail des relations au Soi diffère de l’héritage ericksonien d’au moins trois façons :

La première, c’est l’intégration de ce que l’on appellera la « fonction d’Erickson » à l’intérieur du client. Erickson disait toujours que l’inconscient était très intelligent, mais il n’a jamais expliqué pourquoi la personne agissait si stupidement avant que lui, Erickson, n’entre en scène. J’ai l’impression qu’il commettait l’erreur occidentale typique de ne pas inclure l’observateur (lui même), dans la chose observée : autrement dit, ce n’était pas tant « l’inconscient du client seul » qui était intelligent - le ticket gagnant était plutôt « l’inconscient du client en relation avec Erickson ». En admettant que cela ait effectivement fonctionné comme ça, la question est de savoir si ce qu’Erickson faisait (la « fonction Erickson »), quoique ce fût, pouvait être appris par d’autres et particulièrement par le client lui-même. Le client ne pouvait-il pas apprendre à s’entendre avec son « inconscient » comme Erickson le faisait ? Et si oui, quelle voix voulez-vous pour vous accompagner, celle d’un type mort ou la votre ? Avec tout le respect dû à Erickson (et il en mérite beaucoup), il est bon de savoir que l’on peut localiser et développer en soi-même la fonction Erickson. Nous essayons précisément de faire cela en Relations au Soi.

La deuxième différence est l’incarnation de l’inconscient. Dans le travail d’Erickson, l’inconscient avait souvent une forme quelque peu éthérée. Il était comme suspendu dans l’air. Les Relations au Soi mettent l’accent sur la vie en tant qu’art scénique, et observent comment les acteurs, danseurs, athlètes, artistes, font l’expérience de leur « inconscient créateur », et l’organisent. Nous voyons l’importance de l’incarnation, et insistons sur l’expérience somatique en relation avec l’inconscient bien davantage que ne le faisait Erickson. Par exemple, en examinant les états de bien-être que nous espérons reproduire dans d’autres contextes, nous demandons : « lorsque vous ressentez cet état de bien-être et d’efficacité, où dans votre corps sentez-vous votre centre ? ». Nous cherchons alors comment reconnecter avec ce centre dans des situations difficiles.
Pareillement, en explorant les problèmes, nous posons la question fondamentale : « lorsque vous vivez le problème, où dans votre corps ressentez-vous le centre du malaise ? ». La plupart des gens désignent leur cœur, leur plexus solaire ou leur ventre. Nous travaillons avec ça, en découvrant comment s’accorder pour que cela révèle l’inconscient créateur en action. Un « parrainage » est alors nécessaire pour révéler son apport.

La troisième différence est en rapport avec le « champ créateur ». Dans le travail d’Erickson, les gens allaient dans une transe qui s’éloignait généralement du monde. En fait, vous deviez fermer les yeux, ne plus bouger, et vous couper de l’extérieur. Un tas de choses intéressantes et utiles peuvent se produire dans cet état, mais ses performances sont limitées. Ce n’est pas une ressource très efficace si vous devez réagir rapidement à une situation sociale difficile, par exemple, si quelqu’un vous attaque ou vous critique, ou si on vous demande de régler immédiatement un problème. Donc, nous déplaçons la transe d’une zone éloignée du « ici », vers une zone d’ici et maintenant.


Beaucoup de ces choses viennent des cours d’aïkido, que je pratique intensément. En aïkido, si vous allez dans les accès oculaires, ou fermez les yeux, ou même pensez pendant que vous êtes attaqué, vous finissez par terre. Vous prenez une raclée ! Alors plutôt que de rentrer à l’intérieur, vous permettez à votre esprit de se déployer dans le champ qui vous contient, vous et votre partenaire, et bien d’autres présences. Les gens connaissent ce champ lorsqu’ils font l’expérience d’un bien-être profond, pensez aux expériences où vous vous sentez le plus connecté à vous-même, et notez où s’arrête votre « soi » dans de telles expériences. Les Relations au Soi cherchent à entraîner les gens à accéder au champ et à y travailler. Dans un sens, c’est là qu’Erickson travaillait, il n’allait pas dans la transe, il allait « dehors dans la transe », de plus en plus largement conscient, pourrait-on dire. Nous appuyons réellement là-dessus en Relations au Soi...